Interviews

Lionel, 45 ans, ingénieur en cryogénie spatiale

Chercheur expérimentateur en basses températures, Lionel gère une équipe de 20 personnes composée d’ingénieurs et de techniciens.

Quelles études avez-vous faites ?

Après un bac scientifique, j’ai validé un doctorat en physique. Ensuite dans le cadre du Service National, je suis parti en « coopération » aux Etats-Unis dans un laboratoire à Berkeley en Californie. Après mes 14 mois de service, j’ai poursuivi mes travaux dans ce même laboratoire durant 3 années. J’y ai développé divers systèmes cryogéniques, notamment pour des applications spatiales. J’ai beaucoup travaillé sur les cryoréfrigérateurs à absorption. Il s’agit de systèmes utilisant les capacités de stockage gaz des charbons actifs permettant de réaliser des compresseurs ou des pompes. A partir de ces deux composants on peut alors concevoir des machines produisant du froid.

Pourquoi avez-vous choisi cette spécialité ?

Je n’ai pas une vocation pour les basses températures depuis que je suis tout petit ! Cependant, j’ai toujours aimé bricoler. J’ai choisi d’effectuer mon stage de DEA puis ma thèse de doctorat au centre de recherches du CNRS sur les très basses températures. J’ai beaucoup aimé cette expérience, du coup je suis resté dans ce domaine.

En quoi consiste votre métier aujourd’hui ?

J’ai plusieurs casquettes : je suis chercheur expérimentateur en basses températures. A la suite de mon séjour aux USA et après mon arrivée au CEA, je me suis rapidement aperçu que nous pouvions occuper des niches en cryogénie spatiale. J’ai donc poussé au développement de cette activité qui représente aujourd’hui l’une des thématiques principales du Service des basses températures. Et nous sommes performants et crédibles, notamment auprès de grands organismes comme le CNES ou l’Agence Spatiale Européenne (ESA).
Je suis également responsable du groupe de cryogénie spatiale. Je gère une équipe de 20 personnes composée d’ingénieurs et de techniciens. L’activité de manager, c’est beaucoup de relationnel : régler les tensions entre collègues, communiquer, entretenir l’enthousiasme et s’assurer que chacun trouve du plaisir dans les projets qui lui sont confiés. J’y consacre beaucoup de temps.
Enfin, je suis aussi l’adjoint du chef de service. A ce titre je participe à la vie du service et je réalise des tâches plus administratives.

Sur quels projets travaillez-vous ?

Nous travaillons sur deux types de projets : nous répondons à des appels d’offres d’agences (CNES, ESA) ou d’industriels qui souhaitent développer une machine particulière. Et en parallèle, nous travaillons sur des projets en interne afin d’anticiper de futurs besoins. Les projets que l’on réalise pour des industriels ou les agences nous permettent de financer en partie nos recherches internes, ce qui est très appréciable !

Concrètement, en quoi consiste ces différents projets ?

Par exemple nous avons travaillé ces sept dernières années sur le projet Herschel. Ce sera le plus gros télescope spatial jamais mis en orbite. Il va être lancé en juillet 2008 et permettra d’étudier la formation des galaxies et des étoiles, ainsi que la chimie moléculaire des planètes. Cet observatoire spatial est équipé de détecteurs qui travaillent à des températures proches du zéro absolu : 0.3 Kelvin soit – 272.9 degrés Celsius. Nous avons développé en interne les machines qui vont servir à refroidir ces détecteurs.
Par ailleurs, nous avons réalisé d’autres machines cryogéniques qui pourraient être utilisées sur la troisième génération de satellites météo (METEOSAT). La matière bouge moins quand il fait froid, la cryogénie permet donc d’optimiser la qualité des mesures.

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans votre métier ?

Le côté créatif ! J’aime fabriquer des choses, concevoir des machines, faire des expériences et des manipulations.

Qu’est-ce que vous appréciez le moins ?

J’assume ma fonction de manager, mais je suis un peu frustré, faute de temps, de ne pas pouvoir réaliser toutes les expériences que je souhaite.

Avez-vous un conseil à donner aux jeunes qui aimeraient se lancer dans la recherche ?

Je n’ai pas vraiment de conseil à donner. La seule chose que je peux dire c’est que je vois défiler de nombreux CV brillants de personnes certainement très intelligentes. Mais un bon chercheur, c’est aussi quelqu’un qui a des qualités humaines : il faut savoir s’intégrer dans une équipe et être à l’écoute des autres.

Propos recueillis par Diane Dussud
Légende photo : Lionel est en bleu - © CEA

  • Formation

Bac C (aujourd’hui Bac S)

+ Doctorat en physique.

 


Conseils d’orientation

Tu te poses des questions quant à ton orientation et ton futur métier ? Pas de panique ! Pierre et Stéphane, nos deux conseillers d’orientation en ligne t’apportent leur expertise en la matière.

Es-tu individualiste ou solidaire ?

Vite on a besoin de ton aide... Que fais-tu ? Tu te précipites sur ton cheval blanc ou tu pars en courant ?