Interviews

Philippe, 37 ans, ingénieur-chercheur en archéomatériaux

Il utilise la science pour « faire parler » les objets archéologiques et cela le passionne. Ingénieur-chercheur en archéomatériaux, Philippe est aujourd’hui à la tête d’une équipe d’une dizaine de personnes. Il te dévoile tous les aspects de son métier.

En quoi consiste votre métier ?

Je dirige une équipe de dix personnes, composée de cinq ingénieurs-chercheurs et techniciens du CEA et du CNRS. Chaque collaborateur est un spécialiste : il y a des archéologues, des physiciens, des spécialistes de la corrosion… L’équipe est pluridisciplinaire, c’est très enrichissant. Nous travaillons tous sur les mêmes projets, mais nos problématiques sont différentes, ce qui nous oblige à communiquer et à nous ouvrir à d’autres spécialités.

Sur quels projets travaillez-vous ?

Il y en a plusieurs. Chaque projet de recherche dure de deux à cinq ans. Nous avons notamment travaillé dans les cathédrales de Soissons, Beauvais et Amiens. En ce moment, nous étudions des objets archéologiques pour voir comment ils se dégradent. Grâce aux analyses, nous pouvons prévoir les comportements des matériaux sur plusieurs siècles. Cela peut servir à améliorer la sûreté du stockage des déchets nucléaires. Mais les résultats de nos recherches connaissent d’autres applications. Ils sont souvent exploités par les musées, à la recherche de nouvelles méthodes de conservation et de restauration.

Quels outils utilisez-vous ?

Nous utilisons des outils très différents qui vont du microscope optique à l’accélérateur de particules. Ce dernier est un outil performant qui permet d’explorer la matière. Nous avons également un laboratoire de dégradation pour accélérer le vieillissement des matériaux. Enfin, nous travaillons aussi avec des logiciels informatiques de modélisation.

Où se déroulent ces recherches ?

Dans un laboratoire, au sein du centre de recherche du CEA de Saclay. Mais, il m’arrive aussi de me déplacer sur des chantiers archéologiques.

Pourquoi avoir choisi cette spécialité ?

J’ai eu la chance d’intégrer une école d’ingénieur qui avait la particularité de proposer de nombreuses disciplines : philosophie, histoire, recherches… J’ai choisi entre autre une option « travail en laboratoire ». Pendant les cours, j’ai découvert que l’on pouvait appliquer la science aux objets archéologiques, et cela m’a passionné. En troisième année, je me suis donc spécialisé dans la science des matériaux.

Qu’appréciez-vous le plus dans votre métier ?

J’aime tout ! Nous sommes en interaction avec de nombreux métiers qui développent des approches différentes pour résoudre une même problématique. Et puis nous étudions des systèmes complexes grâce à des outils de pointe : c’est appréciable !

Et qu’appréciez-vous le moins ?

La paperasse administrative ! Chaque projet est financé par différents organismes (CEA, CNRS, Ministère de la Culture…) qu’il faut régulièrement tenir informés des avancements de nos recherches. Nous devons donc rédiger des rapports qui doivent être le plus complets et le plus précis possible. Cela nous prend pas mal de notre temps.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui souhaiteraient se lancer dans la recherche ?

Il faut être passionné et créatif. Il faut toujours avoir des idées, et envie de créer des choses. Un bon chercheur est une personne modeste, rigoureuse, débordante d’imagination et capable aussi de se remettre en question.

Propos recueillis par Diane Dussud
© photo : DR

  • Formation

Bac C (ancien bac S)

+ école d’ingénieur

+ DEA en science des matériaux

+ Thèse en science des matériaux.

 


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